Abdoulatifou ALY

Député de Mayotte

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Abdoulatifou ALY

En ma qualité de député de Mayotte invité à une émission radio et télé diffusée en direct dans l’île, j’ai, dès la publication des résultats du premier tour des élections cantonales de mars dernier, appelé à renoncer aux vains combats fratricides pour une majorité introuvable au conseil général et à rechercher plutôt une gestion de la nouvelle assemblée territoriale par voie unanime ou à tout le moins par consensus.

Mais les deux journalistes vedettes de cette émission, loin de favoriser le débat en me poussant à expliciter mon projet ont, au contraire, tout tenté pour l’étouffer en n’hésitant pas de soutenir mordicus que l’unanimité n’est pas républicaine…

Permettez-moi alors de revenir sur cette exigence d’unanimité qui, faut-il le répéter, témoigne de notre singulière identité mahoraise tout en soulignant – ô combien – elle demeure si française. Et d’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement quand on sait pertinemment que, depuis l’avènement de la Vème République, les Mahorais ont exprimé constamment leur choix irréductible en faveur du statut départemental avec une très large majorité frisant souvent l’unanimité !

Cela est tellement vrai que, pour ne s’intéresser qu’à la consultation populaire du 29 mars 2009, il n’échappe à personne que toutes les formations politiques de notre île ont fait campagne pour ce régime départemental et que c’est devant un aréopage d’anciens et de nouveaux élus, toutes générations confondues, que le Président de la République nous a solennellement révélé à l’Elysée le Pacte pour la départementalisation de Mayotte. Quoi de plus normal alors que de recourir à un consensus n’excluant personne ni aucune formation politique pour gérer cette assemblée unique d’une collectivité sans précédent dans notre république ?

Au-delà de cette évidence politique, de triviales réalités mahoraises imposent cette méthode. Il suffit pour s’en convaincre de constater la foultitude des candidatures à ces dernières élections et surtout la multiplicité des investitures politiques.

Ainsi, outre les traditionnelles formations politiques nationales de Droite, de Gauche et des Centres, chacun a relevé la participation des partis politiques locaux, anciens et nouveaux. De plus, de nouvelles structures mouvantes dénommées « Union »,« Uvoimoja »,« Rassemblement » voire « Forces Progressistes » ou candidats sans étiquette ont foisonné. Tant et si bien que pour 10 cantons renouvelés, les étiquettes politiques en présence ont largement dépassé la dizaine. Au final, sur 19 élus, l’assemblée territoriale compte 6 UMP, 2 socialistes dont 1 vote à droite, 2 NEMA, 1 MDM, 1 PSM et 7 divers ou sans étiquette !

Dans ces conditions, il est patent qu’une vraie majorité est réellement introuvable. D’autant que les majorités d’une voix fluctuante, expérimentées en 2004-2008 et de 2008 à 2011, ont clairement démontré qu’elles n’ont rien de prévisible et de durable. Au contraire, tout est affaire de circonstances, de coups politiques et de gestion à la petite semaine si ce n’est au quotidien.

Or, l’insigne honneur de cette transformation en 101ème département français, 5ème département d’outre-mer et 27ème région de France, bref ce don d’un véhicule neuf correspondant à un modèle inédit de voiture dans notre pays exige de tous les habitants de Mayotte de relever un défi comparable au pari pris par les autorités publiques nationales.

C’est à cette vraie gageure de l’authentique départementalisation pleine et entière de notre île que nous sommes unanimement appelés à s’engager.

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